Juste avant de franchir la frontière qui sépare la Floride de l’Alabama, je fais un crochet pour une visite, en passant, à mon vieil ami Aristeo, que tout le monde appelle Aris. Aris est un grec de la deuxième génération, son père est venu d’Athènes à la fin des années soixante, il était communiste et fuyait la Grèce des Colonels avec sa femme, Helena, et ses gosses. Aris et sa sœur Mina étaient très jeunes quand ils ont fui la Grèce, « Desfina le trou-du-cul de la Boétie » explique Aris, à côté duquel son bled en Floride, Two Forks, est carrément « civilisé ». Merde, ça devait être quelque chose, l’enfance d’Aris ! Des ânes, des chèvres, des putains de cailloux brulants sur une colline aussi râpée qu’un paillasson de bordel dans les Carpates. Des gonzesses habillés en noir dès la puberté, parce qu’en deuil d’un père, d’une grand-mère ou d’une tante. Mais comme il était tout gamin, il n’a aucun souvenir. Read more
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On fait halte à midi dans un Dinner, et la chance nous sourit. On est là, attablés à attendre notre commande — Miller lite, travers de porc, chili —, et j’avise à quelques tables de la nôtre, de dos, une gonzesse aux cheveux bleus. Je me penche un peu pour mieux voir : en face d’elle, Lady Pickpocket, ma quinqua du Lone Star. Cammy a noté mon regard, il se retourne au ralenti comme The Killer dans le film éponyme de John Woo. On se met debout en même temps, on allonge le pas en direction de nos deux copines. Read more
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